La semaine se termine sur un mouvement discret mais lisible : le 10 ans s'est tendu de 5 points de base, le 2 ans de 9 points. Le spread 10y - 2y s'est donc resserré de 4 points, et tient désormais autour de +76 pb. C'est la quatrième semaine consécutive de resserrement modeste mais cohérent. Bank Al-Maghrib, de son côté, n'a pas touché à son taux directeur depuis le 20 mars 2025 — quatre décisions consécutives à 2,25 %.
Trois éléments expliquent ce mouvement. Aucun n'est suffisant seul. Pris ensemble, ils dessinent un marché qui anticipe sans le dire.
1.La collecte OMLT continue de tirer le long de la courbe.
Les fonds OMLT — obligations moyen et long terme — ont collecté +3,86 milliards de dirhams sur les trois derniers mois, après un trimestre janvier-mars en demi-teinte. Cette catégorie pèse aujourd'hui 365 Mds MAD d'encours, soit 43 % de l'univers des fonds marocains. C'est mécaniquement la catégorie qui pèse le plus sur la demande de bons du Trésor à 5, 7 et 10 ans, qui forment le cœur des portefeuilles obligataires moyen-long.
Collecte mensuelle nette OMLT — 12 derniers mois (Mds MAD)
Source : ASFIM, méthode ZADY (variation d'encours nette de la performance) · survolez la courbe
Ce qu'il faut retenir : quand la collecte OMLT s'accélère, la pente longue subit une pression mécanique vers le bas. Ce n'est pas un signal de marché au sens classique — c'est une demande structurelle qui se manifeste, parce que les portefeuilles obligataires marocains sont alimentés par des assureurs, des caisses de retraite et des banques privées qui cherchent du rendement long terme dans un environnement où le monétaire ne paie plus que 2,15 %.
2.Les adjudications du Trésor restent bien souscrites, surtout sur les courtes.
Sur les sept dernières adjudications BDT, le Trésor a placé 13,8 milliards de dirhams avec un ratio de couverture moyen de 2,4x. La demande s'est concentrée sur le 26 semaines et le 2 ans, qui ont systématiquement été couverts entre 2,4x et 2,9x. Cette concentration de la demande sur le court de la courbe pèse mécaniquement sur le 2 ans secondaire et explique en partie pourquoi son rendement reste collé à 2,34 % alors que le 10 ans monte à 3,10 %.
Ratio de couverture moyen — 7 dernières adjudications (par maturité)
Source : Bank Al-Maghrib, BAM Adjudications BDT · valeur cible mini : 1,5x · survolez les barres
Lecture : quand le marché est demandeur sur le court, le 2 ans baisse, et la pente s'aplatit même sans intervention monétaire. À cela s'ajoute un effet plus subtil : le Trésor place sur ces tenors aux moments où les conditions sont les plus favorables, ce qui accentue mécaniquement la pression sur les rendements courts.
3.Le marché anticipe sans le dire.
Une courbe qui s'aplatit avec une politique stable peut signifier deux choses différentes. Premier scénario : le marché prévoit une baisse du taux directeur dans les prochains mois — ce qui pèserait sur le court mais serait neutre sur le long. Deuxième scénario : le marché considère que l'inflation marocaine va continuer à se modérer durablement, sans toutefois pousser BAM à reprendre le cycle de baisses.
Les deux scénarios sont compatibles avec ce que publie le HCP — l'inflation glissante reste autour de 1,7 % depuis trois mois — et avec le discours récent de Bank Al-Maghrib, qui parle de surveillance plutôt que d'action. Aucun des deux n'est encore officiellement inscrit dans les anticipations publiées. Mais le mouvement de la semaine — petit, mais cohérent avec celui des trois semaines précédentes — suggère que la place commence à pricer un infléchissement plus prudent.
Ce n'est pas une prédiction. C'est une lecture de ce que les flux et les adjudications nous disent collectivement.
4.Ce que ça change pour la lecture des fonds.
Pour un investisseur qui regarde la gestion d'actifs marocaine, trois conséquences pratiques découlent de cette lecture. D'abord, les fonds OMLT continuent de bénéficier mécaniquement de la baisse de pente longue, ce qui se reflète dans leur performance moyenne 1 an de +1,12 %. Ensuite, les fonds monétaires restent attractifs par leur rendement net (2,39 % de médiane catégorie 1Y), supérieur au MONIA après frais — preuve que les sociétés de gestion utilisent encore une part de papier court à rendement supérieur au benchmark MONIA pur.
Enfin, les fonds OCT — court terme obligataire — sont la catégorie qui collecte le plus en proportion : +17,8 Mds MAD sur trois mois, pour un encours total de 144,6 Mds. C'est le seul segment qui combine un rendement supérieur au monétaire (médiane 1Y de +2,59 %) et une duration qui reste maîtrisée. Tout indique que cette dynamique va continuer tant que la pente longue ne se ré-accentue pas.
Trois signaux à retenir cette semaine
- Spread 10y - 2y à +76 pb, en resserrement de 4 pb sur la semaine, quatrième semaine consécutive de baisse modeste. La courbe BDT marocaine s'aplatit, sans que la politique monétaire ne bouge.
- Adjudications du Trésor bien couvertes à 2,4x en moyenne sur les sept dernières émissions, avec un pic à 2,9x sur le 26 semaines du 4 mai. La demande structurelle reste intacte.
- Collecte OMLT en accélération avec +4,4 Mds MAD sur le mois d'avril, un des rythmes les plus soutenus depuis l'été 2025. Cette demande pèse mécaniquement sur le long de la courbe.
Il faudra suivre la prochaine décision BAM de mars 2026 et l'éventuelle adjudication 5 ans à venir pour confirmer ou infirmer cette lecture. En attendant, la quasi-totalité des sociétés de gestion marocaines — Wafa Gestion en tête — continuent à pousser leur gamme OMLT et OCT en priorité, ce qui ne fait que renforcer la dynamique observée.
Lecture ZADY à partir de données publiques et de traitements internes.
Ce brief n'est pas un conseil en investissement et ne constitue pas une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. ZADY est une publication indépendante. Aucun classement ou citation de fonds n'est rémunéré ou influencé par une relation commerciale.